La Confédération canadienne – la croissance 1867-1931

La Confédération canadienne célèbre son cent-cinquantenaire en 2017. On peut discerner quatre grandes périodes dans son histoire sa genèse (1840-1867), sa croissance (1867-1931), son autonomie (1931-1982) et son interdépendance (1982-2017).

1867 – L’Acte de l’Amérique du Nord britannique

L’Acte de l’Amérique du Nord britannique entre en vigueur le 1er juillet 1867. Quatre colonies britanniques s’unissent pour former le Dominion du Canada. Il s’agit d’une construction politique qui résulte de trois années de tractation qui débutent à Charlottetown et à Québec en 1864 pour se terminer à Londres en 1866.

Dès sa fondation et tout au long de sa croissance, la Confédération canadienne a rencontré une forte opposition. L’Île du Prince Édouard et Terre-Neuve se sont elles-mêmes retirées du processus avant la conférence de Londres et la Nouvelle-Écosse s’y est jointe à l’encontre de la volonté populaire. Quant à la province de Québec, c’est le parti rouge, des frères Jean-Baptiste-Éric et Antoine-Aimé Dorion, qui en fut le principal adversaire.

Le parti rouge reprenait les revendications des mouvements libéraux radicaux du 19e siècle, gouvernement responsable élu par le peuple, décléricalisation de la société civile, souveraineté territoriale, réciprocité tarifaire avec les États-Unis. Il a reçu des appuis provenant du milieu d’affaire anglophone de Montréal, mais l’appui du clergé envers les «bleus» de Georges-Étienne Cartier fera pencher la balance en faveur de l’union. Devant le fait accompli de la Confédération canadienne en 1867, le parti rouge a fusionné avec le Clear Grits de l’Ontario pour fonder le parti libéral qui remportera les élections de 1873.

1870 – L’Ouest canadien

Le Canada acquiert la Terre de Rupert et les territoires du Nord-Ouest de la Compagnie de la Baie d’Hudson en 1870. Cela a entraîné la création du Manitoba et des territoires du Nord-ouest.

Les Métis de l’ouest, mené par Louis Riel, ont organisé le Comité national des Métis et ont fondé leur propre gouvernement responsable. Ils ont envoyé des représentants à Ottawa pour négocier l’entrée dans la Confédération canadienne. Le gouvernement canadien a cédé et a proclamé la Loi du Manitoba en juillet 1870, mais cette loi ne reflètera pas la réalité dans le Nord-Ouest. Louis Riel et plusieurs autres métis s’exilent aux États-Unis recherché par le gouvernement canadien pour l’exécution de Thomas Scott, un orangiste de l’Ontario arrivé chez les Métis vers 1863. Riel reviendra d’exil en 1885 pour diriger le soulèvement des Métis face à l’empiètement du gouvernement canadien sur leurs terres. Louis Riel sera capturé et exécuté par le gouvernement canadien en novembre 1885.  L’affaire Riel est la plus importante crise qui opposera protestants-anglophones et catholique-francophones au Canada. Ce n’est qu’en 1992 que le gouvernement canadien a reconnu Louis Riel comme fondateur du Manitoba et défenseur du peuple Métis.

Les Premières Nations se sont elles aussi soulevées avec les Métis dans les Territoires du Nord-Ouest, le chef cri Wandering Spirit fut exécuté quelques jours après Louis Riel le 25 novembre 1885.

1871 – La Colombie-Britannique

La colonie de la côte ouest a pris son essor avec la ruée vers l’or du milieu du 19e siècle. Pour la colonie un évènement majeur s’est produit en 1867, les États-Unis ont acheté l’Alaska à la Russie. La création du Dominion du Canada et l’achat de la Terre de Rupert par celui-ci a représenté l’opportunité pour la Colombie-Britannique d’assurer son identité en établissant un territoire britannique de l’Atlantique au Pacifique, en plus d’offrir des avantages financiers pour le financement de ses infrastructures. C’est en 1871 que la colonie est devenu la sixième province du Canada avec la promesse d’une liaison ferroviaire d’est en ouest.

1873 – L’Île du Prince Édouard

Les représentants de la petite colonie avaient participé à la conférence de Charlottetown en 1864 en vue de former une union avec les autres colonies britanniques des maritimes. Réalisant que le projet d’union portait sur toutes les colonies britanniques, ils s’étaient retirés voulant préserver l’autonomie de leur colonie. C’est pour des raisons financières que la colonie rejoindra le Dominion du canada en 1873. L’état des finances de la colonie étant affecté par la construction d’un chemin de fer pour relier l’île de bout en bout. Elle rejoindra la Confédération canadienne sous les conditions de la prise en charge de sa dette et du maintien d’une liaison quotidienne avec le continent.

1898 – Le Yukon

Le Yukon est devenu un territoire détaché des Territoires du Nord-Ouest en 1898 dans la foulée de la ruée vers l’or. Le territoire sera administré par le gouvernement canadien. Ce n’est qu’après les années 1990 que les Premières Nations et les habitants du Yukon obtiendront le pouvoir de gérer leur territoire et leur ressource. La dernière modification de l’Acte du Yukon date de 2003.

1905 – L’Alberta et la Saskatchewan

Les lois qui proclament la province de l’Alberta et la province de la Saskatchewan ont été adoptées le même jour en 1905. Leur territoire occupe l’espace des Territoires du Nord-Ouest situés entre le Manitoba et la Colombie-Britannique. Peuplées par les Premières Nations, c’est avec l’arrivée du chemin de fer Canadien Pacifique que débutera l’établissement de colons venus du Canada, d’Europe et des États-Unis. Contrairement aux autres provinces, le gouvernement canadien conservera les pouvoirs sur le territoire et leurs ressources jusqu’en 1930.

1949 – Terre-neuve-et-Labrador

La colonie de Terre-neuve n’a pas participé à la conférence de Charlottetown de 1864. Elle a participé à celle de Québec la même année et elle s’est retirée du projet d’union. La population irlandaise et catholique de l’ile possédant ses écoles confessionnelles a préféré conserver son statut. C’est après la Première Guerre que la colonie connue une crise financière aggravée par la grande crise de 1929. En 1935, la colonie a perdu son gouvernement responsable et fut administrée par la Grande-Bretagne.  En 1946, à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, Terre-Neuve a remboursé sa dette et ses finances présentaient un excédent. Une commission politique a été formée pour étudier l’avenir politique de la colonie soit continuer avec la Commission de gouvernement de 1935, rejoindre le Dominion du Canada, ou formé un Dominion indépendant. En 1948, deux consultations populaires ont eu lieu. La première éliminera l’option de la Commission de gouvernement. La seconde, avec 52% du suffrage, optera pour rejoindre le Dominion du Canada. Les termes de l’union seront adoptés en 1949. Le nom de la province sera modifié en 2001 pour s’appeler Terre-Neuve-et-Labrador.

1999 – Le Nunavut

Détaché des territoires du Nord-Ouest en 1993 par la Loi sur le Nunavut, le territoire du Nunavut a obtenu son statut constitutionnel en 1999. Il possède sa propre assemblée législative ayant les mêmes pouvoirs que les autres territoires fédéraux.

Les Premières Nations

Mis à l’écart des conférences portant sur la formation du Dominion du Canada, souvent dépossédés de leurs terres et isolés sur leur propre territoire, ce n’est que dans les dernières décennies que les Premières Nations sont entendus dans leurs démarches pour la  reconnaissance  de leurs droits.

La crise des écoles au Manitoba

Après l’affaire Riel, la loi de 1890 sur les écoles au Manitoba relance la crise entre protestants-anglophones et catholique-francophones. Le gouvernement du Manitoba abolit les écoles confessionnelles et l’usage du français dans les institutions publiques. Il faudra attendre 1980 avant que l’esprit de la Loi sur le Manitoba de 1870 soit rétablit.

Les guerres de l’Empire

Comme Dominion de l’Empire britannique le Canada a été impliqué dans deux conflits. D’abord la guerre des Boers en Afrique du Sud de 1899 à 1902, puis la Première-Guerre mondiale de 1914 à 1918.

Pendant la guerre des Boers, les contingents canadiens sont formés de volontaires et partiellement financé par le gouvernement canadien alors dirigé par Wilfrid Laurier. La principale opposition à cette guerre vient d’Henri Bourassa qui quitte son siège de député à la chambre des communes en 1899 pour protester contre l’engagement de troupes canadiennes sans consultation du parlement.

De retour au parlement en 1900, Henri Bourassa s’opposera toujours à la dépendance du Canada envers la Grande-Bretagne, entre autre en 1910 lors de la création de la Marine canadienne. Puis en 1914, il s’opposera à l’entrée en guerre du Canada décidé par le gouvernement conservateur de Robert Borden sans consultation du parlement.

La Première  Guerre mondiale est à nouveau révélatrice de la différence d’allégeance envers l’Empire britannique des Canadiens-anglais et des Canadiens-français. L’entrée en guerre du Canada est déclarée sur la base d’un compromis de ne pas instaurer la conscription, mais les pressions de guerre amènent le gouvernement à se dissoudre pour déclencher des élections. Un gouvernement d’Union dirigé par Robert Borden est élu et la conscription est adoptée en 1918 d’abord avec plusieurs mesures d’exception et finalement plus générale.

Après la Première Guerre, le premier ministre Robert Borden a insisté pour que le Canada soit signataire du traité de paix et obtienne un siège à la Ligue des Nations, premier pas vers l’indépendance.

La déclaration d’indépendance

C’est à l’aube de la grande crise économique de 1929 et après la crise constitutionnelle de 1926 que le Canada a obtenu son indépendance politique sous le gouvernement libéral de William Lyon Mackenzie King. Élu en 1921, il refusa l’obligation du Canada de suivre automatiquement les politiques étrangères de l’empire. C’est en 1929 qu’il a envoyé le ministre de la Justice Ernest Lapointe négocier l’engagement du gouvernement britannique à reconnaître l’indépendance du Canada. Cet engagement fut concrétisé en 1931 par l’adoption du Statut de Westminster par lequel les dominions britanniques obtenaient leur indépendance et, pour la majorité d’entre eux, rapatriaient leur loi constitutionnelle.

La loi constitutionnelle du Canada demeurera une loi du gouvernement britannique jusqu’en 1982. L’argument utilisé pour ne pas rapatrier la loi constitutionnelle est l’absence de consensus de rapatriement en relation avec la dualité canadienne.

Gilles Paul-Hus pour le Comité d’histoire

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